Il y a quelques jours, nous avons lu dans les journaux ou peut-être vu sur les réseaux sociaux un nouveau scandale concernant la production dans le luxe made in Italy. Je parle bien sûr du scandale Loro Piana.
Loro Piana est une maison de luxe italienne réputée pour ses produits en laine et cachemire. La marque a été fondée officiellement en 1924 par une famille de commerçants de laine qui opérait dans le secteur depuis des générations.
La marque s’est fait connaître grâce à ses innovations dans la fabrication de tissus de très haute qualité. Elle a démarré son expansion en ouvrant des boutiques dans les plus grandes capitales du monde, jusqu’à son acquisition en 2013 par le groupe LVMH.
Des produits d’excellente manufacture, fabriqués en Italie par des artisans hautement qualifiés et vendus à des milliers d’euros. Symbole d’une richesse non ostentatoire, c’est ce qu’aujourd’hui on appelle le « quiet luxury »… jusqu’à il y a quelques jours, quand la marque a été placée sous administration judiciaire par le tribunal de Milan.
L’enquête de la police de Milan a fait une découverte déroutante : la marque exploitait des travailleurs dans sa chaîne d’approvisionnement. Les travailleurs clandestins étaient contraints de travailler jusqu’à 90 heures par semaine pour des salaires aussi bas que 4 euros de l’heure dans des ateliers malsains, dangereux et illégaux dans la périphérie de Milan. Les travailleurs logeaient dans des dortoirs abusifs pour pouvoir travailler à des rythmes épuisants, de jour comme de nuit.
Pour vous donner un exemple, un produit fabriqué dans ces ateliers pouvait coûter entre 80 € et 120 €, revendu ensuite entre 1000 € et 3000 €.
L’enquête, menée par les Carabinieri, l’unité de protection du travail de la police italienne, a révélé que Loro Piana avait sous-traité la production à des sociétés écrans qui, à leur tour, sous-traitaient le travail à des ateliers exploitant des travailleurs.
Très probablement, la marque n’était pas au courant de tout cela, mais elle reste fautive car, à cette échelle d’exigence de produit, un contrôle sur la filière de production est obligatoire.
On ne sait pas encore depuis combien de temps cette production avait été mise en place. La police a fermé ces ateliers et arrêté les responsables.
La marque a bien sûr réagi immédiatement en affirmant avoir mis fin à sa relation avec ses fournisseurs et en assurant renforcer les contrôles sur ses ateliers de fabrication.
Ce scandale met en lumière une pratique devenue presque courante dans la filière du luxe. Nous avons assisté à d’autres scandales (Alviero Martini, Dior, Armani).
Pourquoi assistons-nous à tout cela ? La raison est simple : maximiser le profit. Un bon produit a besoin de temps pour être fabriqué (slow fashion) ; quand la demande devient trop importante et la production lente, il faut trouver une solution. Et si la solution pour gagner 1000 fois plus est d’exploiter des gens, tant pis. Nous vivons dans un monde où l’on achète plus un produit, mais un nom.
Il existe des alternatives au luxe que nous connaissons, ce que j’aime appeler le « nouveau luxe » : des marques produisant des produits d’excellente qualité, avec des matières nobles, fabriqués encore par des artisans et à un prix juste. Pour eux et pour nous.
L’Italie reste un pilier dans la production de vêtements, chaussures et maroquinerie. J’espère que ces derniers événements auront un impact important dans le secteur du luxe, incitant d’autres entreprises à faire plus attention, à revoir leurs pratiques peu éthiques pour essayer de respecter la production, le produit et les travailleurs.

